Regard du 29 août 2010
L'angoisse sécuritaire et la course au pouvoir

(29 Aout 2010)
Notre regard psychologique se porte sur la guerre des mots à laquelle se livrent les hommes et femmes politiques de tous bord.
Ah, pouvoir quand tu nous tiens !
La course pour gagner le pouvoir fait oublier le pourquoi de l’existence d’une politique au service du peuple, pour lui apporter l’espoir de jours meilleurs. Le terrain où se joue cette course semble être aujourd’hui : la sécurité à tout prix.
Tous ceux qui en débattent ou voudraient en débattre actuellement savent qu’il existe un sentiment de peur et d’anxiété qui gagne toutes les couches de notre société.
Vu sous l’angle psychologique, ce phénomène nous indique que cette peur sociale n’est pas la traduction d’une seule cause et qu’en plus elle n’a pas la même origine ni les mêmes conséquences dans les différentes couches de notre société, société de consommation où la course au gain et à l’avoir représente la plus grande dépense d’énergie de tout un chacun.
Le mécontentement et l’insatisfaction ressentis par la plupart des citoyens, provoquent inconsciemment au début un sentiment d’angoisse se transformant peu à peu en la peur de manquer. Ce phénomène s’auto entretient par le fait d’en vouloir toujours plus. La population sollicitée et manipulée ne peut faire autrement que de demander plus, toujours plus. Mais à qui demander plus si ce n’est aux gouvernants ?
Ces derniers ne pouvant pas répondre à toutes ces demandes, submergés par l’afflux des problèmes à résoudre, préfèrent consciemment ou inconsciemment confondre les demandes excessives d’assistanat avec les demandes de sécurisation. Et c’est là où l’équation se crée ou est créée : demande de plus = demande de sécurité, ce qui par feed-back prévisible entraîne les réactions verbales sécuritaires excessives, les promesses de protection des libertés. Chaque frange politique se démène pour faire croire qu’ils sont les seuls à pouvoir assurer calme et sérénité pour tous.
Chacun propose alors des solutions qui se veulent meilleures que les autres. D’autres font des promesses pleines d’espérance.
Ainsi nous assistons à la guerre des mots, aux enchères sécuritaires. Qui fera le mieux pour protéger nos biens, nos vies, nos espaces de liberté ?
Si la sécurité est un atout majeur pour qu’une démocratie puisse vivre et se développer harmonieusement, elle devrait être pensée dans un consensus national global, dans une entente harmonieuse de tous les partis. Il ne peut y avoir de sécurité dans la division.
La sécurité c’est l’affaire de tous pour tous
Mais, malheureusement, le regard psychologique nous dévoile que derrière cette course aux mots, cette guerre des paroles, ces agressivités réciproques, se cache ce monstre dévastateur qu’est la course au pouvoir et le désir du pouvoir.
Certes il faut et c’est normal que des hommes et des femmes politiques dirigent et organisent la vie sociale du pays. Mais il faut aussi qu’avant d’être élu ou même étant élu, ils aient conscience honnêtement de ce que représente cette peur sociale qui n’est pas uniquement et exclusivement issue du problème sécuritaire. Les symptômes sécuritaires constatés ne sont que les conséquences de cette course au pouvoir et de la peur de le perdre. Cette course permanente sans scrupules moraux a fait, durant ces 20 dernières années, régner sur tous les secteurs économiques et sociaux un immobilisme qui les a classés en tant que sous-problèmes par rapport au problème principal que représente la conquête du pouvoir.
Aussi, Ceux des dirigeants actuels ou futurs qui chercheraient en priorité à unir l’ensemble des forces vives politiques pour l’intérêt du pays et du peuple avant leurs propres intérêts électoraux, comprendront mieux et pourront mieux résoudre les problèmes posés par les véritables constituants de cette peur collective que l’on assimile actuellement et depuis bien avant, trop facilement à l’angoisse sécuritaire.
Adolphe Choukroun
Docteur en psychologie, Psychologue clinicien